L'histoire de RCT

Extraits des Sud en Rhône-Alpes

Archives 1          Archives 2

                    RCT, la radio en liberté

 

Naissance d’une radio libre

 

Au début des années 80 je travaillais au Centre Social sur le quartier du Tonkin à Villeurbanne, une ville de 130 0000 habitants qui jouxte Lyon. J’étais alors investi dans l’éducation populaire et je venais d’être diplômé du DEFA, ticket d’entrée à la gestion des équipements socio-culturels.

Ne sachant jusqu’où je souhaitais m’engager dans cette profession, compte tenu de mes projets musicaux, j’avais pris un poste d’animateur dans cet équipement.

 

Mon travail au Centre Social consistait notamment à créer des espaces d’échanges entre les différentes composantes d’un quartier, riche en histoire et en pleine restructuration (on allait passer en vingt ans d’un quartier d’habitations individuelles, célèbre pour son marché aux puces et pas toujours de bonne réputation à un des quartiers les plus bétonnés du département du Rhône au m2).

 

Je fréquentais alors les medias locaux en temps que guitariste et auteur compositeur et avais à la base une culture radio héritée de mon enfance et de mon adolescence.

Au début des années 80, voici comment se dessinait le paysage politique.

La droite était au pouvoir depuis plus de 25 ans et l’espoir de l’arrivée de la gauche laissait envisager des évolutions importantes sur un certain nombre de questions de société. La libéralisation des medias faisait partie de celles-ci.

 

Pour rappel jusque là la France vivait à l’heure du monopole de l’expression audio-visuelle par l’Etat. Le but n’est pas de raconter l’histoire de la radio en France mais disons que depuis la dernière guerre mondiale les politiques (du PC à la droite) avaient fait corps autour du concept de monopole et de centralisation des moyens d’expression audio-visuelle par l’Etat et à Paris.

Certes il existait des radios privées (RTL, Europe 1, puis RMC et Sud Radio) mais elles portaient bien leurs noms, « radios périphériques », car leur émetteur devrait se trouver en dehors des frontières des territoires français (Luxembourg, Allemagne, Monté Carlo, Andorre.)

Depuis 1977 environ des mouvements de la société civile ou militants (les écolos de l’époque) avaient remis en question le principe du monopole d’Etat et revendiquaient l’ouverture de cet espace pour une plus grande liberté d’expression dans la société. Des radios pirates voyaient peu à peu le jour et étaient réprimées par les forces de l’ordre.

Le plus beau défi au pouvoir en place fut sans doute celui réalisé par Brice Lalonde et quelques militants écolos qui en pleine diffusion tv de soirée électorale en 1977 défia le pouvoir en diffusant un programme pirate pendant quelques secondes à l’antenne. Tout le monde se demandait comment c’était possible et la ruse était qu’un de ses comparses, faisant partie du public, avait un petit émetteur diffusant sur une fréquence que Lalonde relayait par son poste transistor.

Ce mouvement qui faisait des pieds de nez au monopole devint si important que les politiques durent s’en saisir. La gauche était pour la libération, la droite globalement contre.

Suite à l’arrivée du programme commun au pouvoir en 1981 et de la mise en place du gouvernement de Pierre Mauroy, le ministre en charge du dossier Georges FILLOUD proposa une loi cadre en 1982, toujours active aujourd’hui.

 

C’est dans ce contexte fin 1981 que je réunis des associations du quartier du Tonkin à Villeurbanne avec l’aval du Centre Social pour envisager l’idée de la création d’une radio libre de quartier dont la structure sociale porterait le projet.

L’idée était, au départ, de former des acteurs sociaux à la pratique de la radio et de faire passer des informations dans différents domaines à un public plus large que celui du centre social et, par delà, de fédérer ce quartier autour d’un porte voix symbole de sa nouvelle identité en devenir.

Plus d’une vingtaine d’associations adhérèrent au projet et en passant vite sur les débats parfois étonnants qui animèrent les instances du Centre Social, celles de la Mairie (Charles Hernu alors ministre de la défense en était le maire et Jean-Jacques Queyranne, actuel président de la région Rhône Alpes et ancien ministre, son premier adjoint), et celles de la CAF, bailleur de fonds du Centre Social. Ce projet dérangeait et le rapport jamais évident entre pouvoir politique et expression citoyenne s’illustrait à travers la naissance de ce media local soutenu par des associations de quartier qui avaient une autre définition de la démocratie locale que les pouvoirs en place, fussent-ils socialistes.

L’association Radio Charpennes Tonkin fut donc créée le 10 mai 1982 et un projet piloté par les associations adhérentes fut déposé auprès du ministère pour l’obtention d’une fréquence. Pierre GAUD puis Mohamed BOUMEKRANE furent les premiers présidents de RCT.

 

 

Les débuts de la radio

 

Radio Charpennes Tonkin obtint une première fréquence et commença à organiser ses programmes dans la spontanéité de l’époque grâce à l’aide logistique des associations locales.

A l’époque d’internet, des radios web, des 1700 fréquences environ qui émettent sur le territoire français l’accés à une radio et la pratique radiophonique semblent d’une grande banalité. En ce temps là, c’était différent.

C’était la première fois que des citoyens non professionnels allaient s’emparer d’un media sans avoir de point de repères, surtout que la plupart refusaient ceux que les radios existantes avaient mis en place, les considérant comme faisant partie d’une idéologie dominante qu’ils avaient jalousement protégée pour des raisons politiques ou corporatistes.

 

C’était d’ailleurs l’argument énoncé par les frileux de la démocratie locale ou les professionnels craignant pour leur pré carre. « la radio, c’est un métier, c’est l’affaire de professionnels, la responsabilité n’est pas souvent compatible avec une telle liberté d’expression…. ».

Ce qui était certain, c’est que le ton était différent et que nouveaux espaces d’expression trop rarement entendus sur les radios existantes, pouvaient désormais voir le jour. Ça pouvait aller de musiques jamais entendues sur les medias dominants, tout aussi bien que de préoccupations militantes souvent censurées ou locales bien souvent négligées ramenées aux échelles d’évaluation du centralisme parisien.

Liberté certes mais à quel prix et avec quels moyens ?

Au début quand on aime, on ne compte pas. Dans la durée, c’est un peu différent.

Après avoir dû partager notre fréquence avec Radio Brume (étudiants du campus de l’INSA), connu l’effervescence et le plaisir d’être écoutés dans un premier temps jusqu’au bout de la rue, d’avoir remplacé les premiers larsens par des émissions à peu près audibles ou chacun se souciait plus de ce qu’il avait à dire que de qui l’écoutait, la radio trouva peu à peu son rythme de croisière toujours ancrée dans un projet de quartier mais commençant à envisager le territoire de la ville (Villeurbanne) comme futur axe d’identité locale.

Il y avait une cinquantaine de bénévoles, un objecteur de conscience et mon salaire était toujours pris en charge par le centre social par qui j’étais officiellement mis à disposition pour mener à bien cette expérience.

Nous étions passés des débuts pirates avec une batterie de voiture et une vague antenne sur les toits émettant en éphémère pour ne pas avoir de problème avec la police à une situation provisoire (aidé par Radio Léon pour la logistique), à une situation plus stable (des locaux mis à disposition par l’ALTT, association partie prenante, au 43 rue du Tonkin, ainsi qu’un site d’émission reconnu).

Nous étions aussi passés d’une durée d’émission de 6h hebdomadaires à une grille plus régulière émettant alors avec 300 watts et le 28 novembre 1986 les studios furent officiellement inaugurés par Charles Hernu, ministre de la défense, dont la compagne habitait au dessus de la radio, ce qui valut parfois lors de ses visites dans les studios des scènes pour le moins coquasses avec les objecteurs de conscience de RCT.

 

 

Crise de croissance

 

C’était à la fois la fin d’un premier chapitre et le début d’un autre. Une première crise de croissance entre des militants associatifs désireux de garder la main mise sur le projet mais peu actifs à l’antenne et sans véritable autre projet que l’expression et la mise en antenne d’expériences socio-culturelles et des animateurs peu conscientisés à l’éducation populaire mais sensibles au développement de la radio en temps que media. En ajoutant à cette situation quelques querelles de personnes cette situation se termina devant le tribunal administratif et le fonctionnement de la radio fut perturbé pour quelques mois.

Salarié d’un centre social qui soutenait plus la thèse de la radio porte voix des associations que j’assumais, mais aussi conscient des enjeux de développement d’un media local qui devait grandir en organisation, en qualité en matériel, je fus dans le camp de ceux qui, tout en souhaitant une continuation en associatif, voulaient faire de Radio Charpennes Tonkin un media d’agglomération de qualité.

Pas facile de faire remarquer à un responsable associatif que son émission n’a aucune chance d’être écoutée parce que si le fond est intéressant, le traitement radiophonique est déplorable, alors que cette même personne participe à la survie de la radio par le financement de son association.

La bonne nouvelle était que Radio Charpennes Tonkin, désormais sur le 99.3 fm sortait vivante de cette épreuve et allait désormais vers un projet de radio locale villeurbannaise et d’agglomération, troquant son appellation d’origine pour un RCT, moins marqué quartier mais aussi sujet à interrogations (qu’est ce que ça veut dire RCT ?). Après Pierre GAUD, Mohamed BOUMEKRANE et Nicole VIDEMAN c’était désormais une cadre de Jeunesse et Sport, amoureuse de ce media, Françoise HARF qui pris la présidence jusqu’au début des années 90.

RCT était ouverte aux problématiques du Tiers monde avec quelques contacts dans les pays africains et aussi une sensibilité à l’ouverture aux anciens pays communistes. Nous avons aidé avec d’autres à la mise en place d’une radio à Timisoara en Roumanie.

 

En 1986 lors du changement de majorité l’arrivée de Chirac au pouvoir eu comme conséquence un gel des subventions (les radios associatives sont financées par un fonds de soutien géré par le ministère de la communication à l’époque) qui mis en péril la radio. A part une subvention municipale de 50 000 frs à l’époque (un peu moins de 8000 euros), la radio n’avait d’autres ressources que son auto financement par cotisation puis plus tard par un peu de pub (Avec l’amendement Delfau les radios associatives pouvaient faire jusqu’à 20% de leurs recettes en pub).

Il y avait 70 animateurs environ plus des stagiaires plus les premiers emplois aidés (avant les CES, CEP, emploi jeunes ou d’avenir..) qui s’intitulaient TUC.

 

Gérer autant de personnel salarié et bénévole (équivalent à un effectif de PME) sans salarié dédié à cela est assez compliqué. Peut être même plus compliqué de gérer des bénévoles que des salariés. Imaginez un animateur de Hard Rock qui arrive à 22h un soir d’hiver après avoir 10 km pour réaliser son émission et qui trouve porte close parce que l’animateur de 21 h n’est pas venu sans prévenir et que celui de 20h après avoir réalisé sa masturbation hebdomadaire musicale constate l’absence de son collègue mais part sans prévenir personne…

Faut-il expulser celui qui n’est pas venu sans prévenir ? Responsabiliser tout le monde avec le temps ? Dans le cas d’un salarié les choses sont théoriquement plus simples parce qu’il y a un contrat de travail et des sanctions possibles.

Ce n’est qu’un petit exemple qui posait la question de savoir jusqu’où on pouvait prétendre faire un media cohérent et de qualité avec un fonctionnement reposant majoritairement sur le bénévolat, en tous cas en soirée et en week-end.

Soit on est avant tout une radio, soit une association faisant du socio-culturel par la radio. Faire les deux avec un projet d’antenne qualitatif était la singularité de RCT.

C’est une problématique qui nous a éloigné des choix faits par de nombreuses radios de même nature, dont nous partagions les valeurs mais qui n’ont jamais géré (ou très tardivement) leur média comme un outil de communication mais plutôt uniquement comme un instrument d’expression et de réinsertion sociale.

La radio était aussi investie dans la création sonore et obtint un prix au MIP de Cannes en 1986.

Elle fut aussi agréée organisme d’éducation populaire.

 

 

Dans ces années là nous avons travaillé avec France Culture et RMC pour organiser des modules de formation et RCT furt à l’origine, sous l’impulsion de sa présidente, du premier regroupement des radios en Rhône Alpes, le DIRA, devenu plus tard le CORREX.

 

Le concept RCT

 

Sur le plan musical d’abord. J’ai souhaité dés le départ que la radio soit le reflet de l’éclectisme musical. A RCT il y avait du rap, du classique, de la chanson française, des musiques du monde, du Jazz, de l’électro…Seule FIP, radio du service public, se donnait un tel cahier des charges en dehors de quelques radios associatives en France. C’était l’affirmation que pour nous il n’y avait pas de « différence de classe » entre ces différents genres, entre musiques écrites et orales, d’hier et d’aujourd’hui. C’était un concept exigeant car on ne programme pas comme ça un Miles Davies après Eminem ou Bach voire un titre de Murat. Les programmations étaient comme un voyage organisé grâce à notre imagination et l’informatique.

 

Sur le contenu idéologique, il n’y avait pas de carcan mais RCT a toujours donné la parole aux exclus, opprimés, alternatifs de tous poils, écolos en devenir et aux expérience de contre pouvoir, tout ceci étant dans l’ADN de la plupart des radios associatives.

Sport et culture faisaient bon ménage (nous avons retransmis en direct plusieurs fois les phases finales de l’ASVEL en coupe d’Europe)

Et puis un axe de créativité et parfois de provocation qui se retrouvait quand le talent était au rendez vous dans l’habillage pour le moins décalé de l’antenne ou dans les délires de certaines émissions.

L’idée était aussi d’être présent dans la plupart des manifestations culturelles importantes de l’agglomération (Festivals de musiques (Jazz à Vienne), Thêatre, soirées diverses). Nous avons réussi à mettre nombre de partenariat en place mais ce secteur n’a jamais dégagé la moindre économie pour la radio.

Rajoutons à cela que sans ne soit stipulé dans n’importe quel contrat, pour rester à RCT et il fallait être passionné. Passionné de musique, d’art, de militantisme ou de communication mais avant tout passionné par le média radio.

 

 

Nouvelle donne

 

Le slogan des années 90 naissantes était : RCT, la radio en liberté ; Il résumait bien la grille d’antenne et l’esprit de la radio. Coté programmes, l’organisation était la suivante : Une tranche du matin gérée par les emplois aidés, une automatisation des programmes par 2 magnétos à bandes Revox jusqu’à midi, une émission emblématique de l’antenne entre 12h et 14h que j’ai animé pendant plusieurs années avec un cahier des charges assez lourd pour nos faibles moyens (un invité et reportage quotidiens), début d’après midi en automation et de 17h à 22h une succession d’émissions musicales thématiques avec les infos de 19h et un magazine d’info de 19h à 20h.

Le week-end était plus consacré aux émissions musicales dites du soleil (Afrique, Antilles) gérées par des bénévoles. La puissance de l’émetteur passe à 1kwatt.

Dans ces années là l’informatique et le web n’existant pas, il n’était pas évident de gérer l’antenne en l’absence d’antenne vivante (animateurs). La plupart des radios associatives faisaient jouer des cassettes en rediffusion avec une qualité très moyenne. Nous avions opté pour un système de deux magnétos Revox à bandes bientôt remplacé par un système conçut par un ancien ingénieur de l’aéronautique mélangeant un ordinateur Mac intosh à un Juke box.

On pouvait gérer jusqu’à 400 cd dans le Mac Broadcast et cela laissait une souplesse de programmation musicale qui permettait de mieux personnaliser l’antenne. Ceci dit ce système quelque peu expérimental tombait régulièrement en panne et nous obligeait à nous déplacer (souvent en week-end) pour relancer la machine.

 

Nous avions fait cet effort d’investissement conséquent conscient de la nécessaire qualité d’antenne alors que nous avions un des budgets les plus faibles des radios de l’agglomération lyonnaise (moins de 500 000 frs de l’époque)..

Cela permettait aussi d’envisager la rediffusion de programmes, d’ou l’enregistrement de beaucoup de magazines et peu à peu l’idée de créer un label de production RCT, intitulé KLACSON.

 

L’idée de KLACSON était de produire des magazines et de les diffuser sous forme d’échange avec d’autres radios, voire de produire et vendre des programmes spécifiques. Nous avons du faire peu à peu le constat qu’il n’y avait pas de marché pour cela et que les échanges de programmes avec les radios n’étaient pas évidents mais ce label restait un moteur qualitatif pour l’antenne.

Depuis 1985 la radio était en convention avec l’association à laquelle j’appartenais par ailleurs CHANTS ALIZES. Cette association issue de musiciens avait plutôt vocation à gérer des projets pédagogiques de production musicale et d’enregistrement et aussi des projets d’éducation populaire. Elle possédait un studio d’enregistrement dans le quartier de la Croix Rousse à Lyon où les enregistrements de « produits sonores pérennes » avaient lieu : magazines destinés à la rediffusion, habillages d’antenne, montages, formations, tenue de réunions, réception de partenaires…

 

Le studio, dont je m’occupais, possédait un équipement sonore plus conséquent financé par les prestations réalisées par CHANTS ALIZES. Il fut un moteur qualitatif sur le plan du son et un espace plus confortable que le stress de l’antenne et l’exiguïté des studios de RCT à Villeurbanne.

 

En une dizaine d’années la situation avait changé du coté des radios libres. Si nous voyions dans ces medias un moyen d’expression, d’information et de culture, d’autres, dés le départ y ont vu un moyen de faire avant tout du fric et de créer des entreprises lucratives axées sur un format music and news importé des Etats Unis.

Les radios locales sont nées d’un mouvement social et ont été récupérées peu à peu par des logiques commerciales. Je n’ai rien contre celles-ci mais dans ces années là (je remonte au milieu des années 80) le pouvoir socialiste en place a cautionné des dérives pour le moins étonantes.

En voici un exemple : Les radios commerciales avaient de plus gros moyens et n’hésitaient pas à s’équiper d’émetteurs plus puissants que ceux autorisés par la loi. Qu’ils parasitent une radio associative en toute illégalité était déjà un problème, qu’ils parasitent jusqu’au service public en était un autre.

Le gouvernement réagit donc par l’intermédiaire de son organisme régulateur (la Haute Autorité à l’époque) pour essayer de mettre un terme à cette situation et une de ces radios prédatrices, NRJ, appelle ses auditeurs à manifester sous pretexte que l’on voudrait l’interdire ! En gros je transgresse la loi, j’empêche l’expression de petites radios ou du service public, et je vais crier à la liberté d’expression.

Belle manipulation qui fit descendre quelques dizaines de milliers de jeunes dans les rues en soutien à NRJ. Le monde à l’envers.

Si l’on sait qu’à l’époque BAUDECROUX le patron d’NRJ était un pote de MITTERRAND, si on se rappelle la politique du même MITTERRAND en matière de libéralisation du secteur de la TV (fréquence accordée à BERLUSCONI pour créer la « 5 »), on comprend mieux que le pouvoir en place regardait avec sympathie les media locaux qu’il avait contribué à mettre en place, mais investissait surtout dans les poles media naissants reposant sur des logiques commerciales.

Les radios commerciales, pour fidéliser des auditeurs se sont rapidement formatées, au mépris du local (des réseaux franchisés au national ne dispensant que quelques flashs locaux), des cultures du territoires (ce qui conduira à l’introduction de quotas pour garantir la diffusion d’un minimum de titres en français).

C’est aussi à cette époque qu’un certain nombre d’opérateurs privés du secteur commercial se sont vendus à des réseaux nationaux pour plusieurs millions de francs de l’époque en toute illégalité et sans être inquiétés pour la plupart.

Les radios associatives toujours ancrées sur leurs bases originelles n’avaient que rarement fait l’analyse de la nécessité d’une qualité d’antenne. Ce qui leur avait valu la sympathie et l’écoute d’un auditoire n’était plus au rendez vous compte tenu de la qualité et de la diversité de l’offre qui s’était élargit et de l’exigence croissante de l’auditoire.

 

En 1992 RCT fêta ses 10 ans d’existence réunissant autour d’un concert avec Louis SCLAVIS et Patrick VERBAEKE, les quatre présidents de la radio. Charles HERNU décédé, c’est son premier adjoint Gilbert CHABROUX qui fut élu maire de Villeurbanne et les subventions en direction de la radio commencèrent à diminuer, ce qui se confirma avec l’élection plus tardive de Jean Paul BRET. En 20 ans nous étions passés de 8000 à 3000 euros….

Question stimulation de la démocratie locale, c’était loin d’être évident pour nous et cela marquait bien le non intérêt (voire le dédain) de la part d'une certaine gauche pour l'éducation et l'expression populaire. Elle préférait généralement investir dans les médias commerciaux locaux ou nationaux.

 

L’EPRA

Echanges et production radiophonique. En 1992 les radios associatives ayant des actions en direction des publics issus de l’immigration et notamment avec le FAS (qui devait devenir l’ACSE dans les années 2000) furent invitées à travailler avec un organisme d’Etat (un GIP) coordonnant plusieurs ministères, afin de produire et diffuser des programmes permettant de mieux connaître les immigrés et à faciliter leur intégration. Ces programmes réalisés à l’origine comme des émissions sur des problématiques locales par la cinquantaine de radios adhérentes et reformatés à Paris furent dans un premier temps diffusés par l’envoi de CD avant qu’internet ne prennent le pas par le biais d’une plateforme.

Cette expérience qui dura une vingtaine d’années marqua la vie de certaines de ces radios dont RCT, un des plus gros producteurs en France. Cette initiative permit de donner une échelle de référence qualitative à des radios qui ne s’en souciaient pas trop et de leur apporter une économie car ces programmes étaient achetés, ainsi que de permettre à des auteurs producteurs au sein de ces radios de toucher quelques droits d’auteur via la SCAM.

Près d’un millier de programmes ont été produits en vingt ans par des producteurs de RCT. J’encourageais ceux qui avaient la fibre de la production et même des animateurs à se lancer dans l’aventure car les savoir faire acquis dans le processus de production valorisaient toujours leur pratique d’animateur.

Près de 15 000 émissions furent produites en une vingtaine d’années par les radios de l’EPRA et peu à peu numérisées, témoignage sonore de la vie des immigrés et des expériences de Politique de la Ville (à partir de 2007) dans ce pays.

Ayant abondamment produit des émissions pour cet organisme et participé au conseil d’administration, je pourrais m’étendre sur ce sujet mais ce n’est pas le but. Je dirai simplement que l’EPRA a été une expérience unique dans la vie des radios associatives, et lègue une riche banque sonore.

Pour ce qui est de l’efficacité par rapport aux objectifs initiaux, aux moyens mis en œuvre et quand à savoir si la cible de public visée a vraiment été touchée, ça c’est une autre histoire.

De même certains dysfonctionnements ou incompétences récurrentes, des modes de fonctionnement mal nés, l’attitude de certaines radios promptes à produire mais pas à diffuser ou de certains producteurs n’obéissant qu’aux lois de leur propres intérêts, tout cela a conduit, avec la réduction des dépenses publiques, à l’arrêt de l’EPRA courant 2013.

Mais pour RCT ce travail avec l’EPRA a été un moyen de structurer Klacson, une valorisation de ses productions et aussi une économie non négligeable dans le budget de la station.

RCT a produit des programmes jusqu’à la disparition de la structure.

 

Radio Couleur Tempo

 

Au milieu des années 90, une nouvelle équipe animait la radio. Coincé dans son modèle de développement comme une radio d’agglomération où une quinzaine d’autres associatives émettaient sur le même territoire, la radio n’avait guère de possibilités de développement. Il y avait toujours 70 animateurs bénévoles environ, une trentaine de stagiaires par an, et désormais 5 salariés sur des emplois aidés sans compter les stagiaires en formation ponctuellement.

Ce pole de vie a son importance sur un territoire car la production des programmes n’est que la partie visible de l’iceberg mais la radio est aussi une interface sociale et un creuset culturel. Je n’ai jamais connu d’autre espace ou des rappeurs et des personnes du troisième âge ont co-géré un projet par exemple.

La tendance était alors de donner un nouveau look à la radio et de vouloir décliner RCT autrement. Lorsqu’on nous interrogeait sur l’origine de ces trois initiales, le vocable Radio Charpennes Tonkin ramenant pour certains à une vision de quartier amateur s’en suivait.

La majorité opta donc pour décliner ces trois lettres désormais en Radio Couleur Tempo, appellation passe partout qui n’eut pour effet que de brouiller un peu plus les pistes, puisque l’histoire avait déjà fixé Radio Charpennes Tonkin et RCT.

C’est dans ces années là que RCT eut le maximum de développement et que l’antenne fut la plus riche. La programmation musicale automatisée avait trouvé son ton, le talent de beaucoup d’animateurs était au rendez vous, le volume de programmes produit conséquent et cumulé au fil des années et l’antenne vivante représentait entre 10 et 12 h par jour et tout cela avec à peine 130 000 euros de budget. Un nouveau président avait été élu en la personne de Jean Christophe BARRADEAU

Comme d’autres associatives, RCT a été le lieu d’accueil et de formation d’un certains nombre d’artistes (Florence FORESTI, Laurent GERRA, Nilda FERNANDEZ…) ou de professionnels (ingénieurs du son, journalistes animateurs) qui ont fait carrière dans les grands medias professionnels.

La singularité de la radio dès le début des années 90 avec le NewJack Swing avait été de suivre de très près le mouvement rap et hip hop puisqu’une quotidienne de 2h fonctionna sur ce créneau jusqu’en 2007 et fédéra nombre d’artistes et d’auditeurs de ce secteur. Les musiques des caraïbes étaient aussi très présentes notamment en week-end.

Par ailleurs, les émissions thématiques, en dehors de quelques magazines d’info, de culture ou de société, voire communautaires étaient essentiellement musicales : country, classique, hip hop, électro, chanson française, salsa, reggae, rock indépendant, musiques de film, musiques du monde, zouk, sega…..

 

A la fin des années 90 un gros travail de création sonore (qui dura 2 ans) eut lieu avec la participation de nombreux partenaires : création de dramatiques radiophoniques, de feuilletons, de contes pour enfants (co-produites avec des retraités). Nous avons ré écrit «L’île au trésor » de Stevenson, des scénarios originaux, composé des musiques, le tout enregistré dans des conditions professionnelles. Neuf Cds furent édités en petite quantité de ces aventures sonores

 

 

 

 

 

.

 

La radio s’engagea dans plusieurs projets Politique de la Ville avec des associations du quartier (Et si on se causait dans le poste ?, Radio Prainet..), dans la production de quatre albums co-produits par le FAS, la Région et la DRAC sur les musiques progressistes issues de l’immigration en région Rhône Alpes. Ces albums avaient pour but de promouvoir au niveau national sur les radios Fm des groupes de la région. Il s’agissait de compilations avec des groupes talentueux dont certains ont depuis eut un retentissement national voire plus.

 

La radio avait désormais un local administratif supplémentaire sur le quartier.

En ce qui me concerne, le centre social qui m’embauchait m’avait fait comprendre au début des années 90 que ma mission était terminée et j’avais désormais le choix entre réintégrer le centre ou continuer RCT, il n’y avait plus de participation financière du centre, ce qui signifiait qu’il allait falloir que je trouve un nouvel équilibre financier pour que je continue à conduire ce projet.

Ce fut délicat et nous avons eu des difficultés à gérer ce problème dans les années qui suivirent. Il me fallait trouver une autre économie car si j’étais président je ne pouvais être salarié de l’association et réciproquement.

Sur ce point là aussi il serait bon que le cadre législatif de l’association 1901 car beaucoup de responsables radio en sont réduits à des statuts précaires alors qu’ils doivent survivre économiquement et être en situation de responsabilité pour conduire un projet que bien souvent personne d’autre ne souhaite porter car les contraintes sont nombreuses.

A ce propos un conseil : si vous voulez faire de la radio, ne croyez pas que ce soit possible en temps que responsable de structure. J’enviais les animateurs parfois pour le plaisir qu’ils prenaient derrière le micro, plaisir que je n’ai connu que quelques années avant d’être submergé par les problèmes de gestion.

Pour ce qui est du fonctionnement de l’association, RCT avait toujours été transparente dans sa gestion, élargissant les conseils d’administration à toute personne intéressée, pratiquant une sorte de démocratie directe parfois éprouvante et dont je découvrais peu à peu les limites.

C’est ce qui me conduit dans ces années-là à conditionner toute critique de la part des bénévoles à une proposition alternative positive et à une prise de responsabilité de leur part.

On pouvait voir apparaître en assemblée générale des adhérents que l’on avait jamais vu à une réunion, venus remettre en cause un projet muri depuis plusieurs mois sans apporter d’alternative, et le vote ayant eu lieu, ne jamais les revoir dans l’association.

Et en 2002, RCT avait 20 ans, et l’on décida comme 10 ans auparavant de marquer le coup. La radio fêta ses 20 ans avec un concert de Salsa au Centre Culturel de Villeurbanne et sortit un CD extra (Cd rom + audio) avec beaucoup d’archives sonores.

 

 

Nouvelle crise de croissance et nouvelle direction

 

Un projet de développement même limité, reposant pour sa mise en œuvre sur des emplois aidés était problématique. C’est comme si en économie réelle nous vivions au dessus de nos moyens. Déjà sollicités pour former des animateurs et stagiaires qui dés qu’ils avaient atteint un niveau professionnel, partaient sur de plus gros media pour pouvoir en vivre, sollicités aussi pour former des salariés emplois aidés que nous ne pouvions guère garder plus de deux ans (sauf les emplois jeunes),

Il ne nous restait plus beaucoup d’énergie pour aller chercher les partenaires nécessaires à un hypothétique développement.

La simple gestion de toutes les ressources humaines de la radio (près de 60 personnes par an) aurait nécessité un permanent. Les animateurs avaient parfois du mal à comprendre le sens d’une cotisation, l’importance de ne pas créer de nuisances, de vider des poubelles, de participer au projet autrement qu’en animant leur émission.

De ce point de vue la gestion d’une locale commerciale au programme formaté et aux ressources humaines réduites, dont la stratégie n’est pas basée sur le développement humain et local mais sur la communication et les réseaux sociaux est beaucoup moins lourde. Les objectifs bien sur sont différents.

L’idée de développer KLACSON, le label de production à travers la formation pour d’autres personnels de radio puisque nous avions une expertise dans ce domaine et de renforcer la production de programmes propres notamment vers le secteur humanitaire et de développement durable se fit jour.

Personnellement je devais être actif au niveau du studio de CHANTS ALIZES association partenaire, gérer la radio et il fallait développer KLACSON.

Nous avons commis l’erreur de confier les responsabilités de cette structure naissante à des bénévoles disponibles et volontaires mais ne connaissant rien à la production et qui une fois en situation de pouvoir commencèrent à faire n’importe quoi. Prisonnier de cet état de fait, il fallu aller jusqu’au conflit pour tenter de récupérer une situation délicate.

C’est ce qui fut fait mais faisant le constat que KLACSON ne pourrait être l’un des moteurs économiques de RCT, cette stratégie fut abandonnée tout comme le président de l’époque.

 

La musique de tous les mondes

 

Sortant de cette situation éprouvée la radio se repositionna sur de nouveaux axes :

Refonte des studios et recentrage sur le 47 rue du Tonkin, diminution du nombre d’animateurs, investissement dans un système d’automation plus performant, format d’antenne différent désormais accès sur les musiques du monde et l’info locale avec une seule émission thématique bénévole en soirée ainsi que les week-ends.

Le nouveau slogan était : RCT, la musique de tous les mondes.

 

En 2005 les statuts de l’association furent revus pour coller à ces nouveaux objectifs.

Le développement de la radio par ses ressources internes ayant été un échec et l’impossibilité à l’envisager autrement (la Ville de Villeurbanne ne cessait de se désengager et rien d’autre à espérer d’un point de vue institutionnel) nous commençâmes à voir si des partenaires privés pourraient nous rejoindre.

Des contacts eurent lieu avec un hebdomadaire lyonnais « Lyon-Mag » mais rien n’aboutit finalement.

 

La radio avait toujours une qualité et une légitimité sur l’agglomération lyonnaise mais tournait un peu comme une coquille vide par rapport à ce que nous avions connu. Le dernier permanent, Sylvain SOUKLAYE, quitta le navire en 2007 et en 2009 se tint une assemblée générale décisive pour l’avenir de RCT.

Depuis deux ans l’association CapSao animait des émissions latines sur l’antenne et le projet de son président, Alfredo DA SILVA était de faire de RCT une radio latine et lusophone.

Il avait pour cela la motivation et les compétences d’un entrepreneur, une bonne connaissance du monde de la radio dans lequel il évoluait, et un sérieux indéniable dans la gestion des dossiers.

La radio était arrivée à un carrefour : soit elle partait vers cette option latine qui laisserait la plupart des bénévoles sur le carreau mais qui assurait une perspective d’avenir, soit elle végétait, voire on en confiait la gestion à des animateurs sympathiques mais qui ne voyaient plus loin que le bout de leur émissions, incapables de gérer un tel projet avec toutes les exigences administratives et financières notamment qu’il impose.

 

Je défendis la première option, sûr que dans ces conditions la radio irait vers un avenir sérieux avec un projet de développement à la clé même si le concept d’une radio latine n’avait plus rien à voir avec RCT et ne me motivait pas plus que ça.

Un vote eut lieu et avec près de deux tiers des voix le projet CapSao fut retenu et mis en place.

C’est sur ces bases avec désormais trois fréquences en région (Lyon, Vienne, Oyonnax) que fonctionne cette nouvelle radio émettant toujours sur le 99.3 et issue de RCT.

L’antenne est très formatée et automatisée et l’essentiel des ressources humaines est mis dans la communication par les réseaux sociaux et les démarches partenaires et commerciales.

Le développement de CapSao reste un pari conduit par son nouveau président, Alfredo DA SILVA, pari certes bien engagé mais qui devra trouver confirmation dans les années à venir. En attendant plusieurs salariés sont actifs au sein de cette structure où les bénévoles ont presque disparu. De nouvelles fréquences analogiques ont complété celle de Lyon (Oyonnax et Vienne) sans compter une dizaine de fréquences numériques et la radio a fait des réseaux sociaux son levier de développement.

Toujours dans les instances de CapSao j’ai continué à réaliser des programmes EPRA pour la radio jusqu’en 2012, date de la disparition de l’EPRA.

 

 

Bilan

 

Faire le bilan de 27 années de fonctionnement sur les radios associatives à la lumière de l’expérience RCT n’est pas chose simple. Je me contenterai de quelques axes de réflexion :

-L’émergence des radios locales libres a permis de désacraliser le domaine de la radio et des medias, de renforcer la démocratie locale et de renforcer la culture radio en France. De ce point de vue la France reste un des rares pays à avoir mis en place une économie publique et privée participant à l’existence de ces medias.

-Les radios locales se sont construites dans la diversité en opposition à un modèle existant et dominant ce qui a eu pour effet de leur part de ne pas reprendre l’acquis d’une culture radio existante soit étatique et donc suspecte soit commerciale et donc « ennemie ».

La conséquence c’est que chacun a voulu créer pour le meilleur et le pire parfois, ses propres pratiques en toute originalité se détachant des fondamentaux de la communication et de la mise en place d’un media sans que quelque évaluation de ces pratiques ne soit possible.

Cela a eu pour autre conséquence une nucléarisation des modèles et des formats de radio qui se retrouvent et se fédèrent, quand elles y arrivent, essentiellement pour défendre des intérêts corporatistes mais qui n’ont jamais pu mettre des programes durablement en commun ou créer une chaine nationale influente.

En 30 ans de radios libres il a été impossible de créer par exemple une Maison de la radio libre en France, à la fois lieu de mémoire, de rencontre et d’échanges, de formation…

Les échanges de programmes entre radio, la création d’un réseau national fédérant sur la base d’un cahier des charges, plusieurs radios majeures du secteur et captant une audience significative proche de ses valeurs, n’ont jamais vu le jour. (L’EPRA restant une initiative à part car non issue des radios et « formatée » par l’autorité institutionnelle).

 

-L’Etat ne s’est jamais vraiment préoccupé de l’évolution de la loi mise en place en 1982.

Il aurait été bon de créer un statut de radios A+ répondant à un cahier des charges plus exigeant (participation à un réseau national, échange de programme, grille d’antenne disponible à la mutualisation de programmes, exigence de qualité…) mais en contrepartie des medias mieux financés et bénéficiant d’accès à la formation.

Pas sûr que les radios aient suivi ces propositions et que leurs syndicats se soient mis d’accord sur un tel projet suspectant probablement une « mise au pas de l’Etat »

 

-Depuis 2010 beaucoup de fondateurs historiques ont laissé leur place et même si le témoin a été transmis avec plus ou moins de bonheur avec les nouvelles générations, le nombre des opérateurs associatifs n’a pas sensiblement changé même si les conditions de fonctionnement au fil des années sont de plus en plus difficiles sur le plan économique.

 

-L’apparition du web a considérablement modifié la donne du paysage médiatique et des pratiques des radios. Le challenge des radios associatives aujourd’hui est de savoir quel « plus » elles apportent par rapport à une radio web.

Quelle différence entre une radio salsa sur le web et une radio associative ayant le même format sur un territoire ? Les réponses à cette question conditionneront certainement la pertinence, le financement, le développement ou la stagnation de ces medias originaux.

-Le refus de considérer le paramètre de l’audience par les acteurs de ce secteur est assez singulier.

Un media qui ne se soucie pas de son écoute, c’est assez particulier et possible par le fait que les radios sont d’une part subventionnées et d’autre part que leur raison d’être et leurs pratiques n’ont pas pour premier objectif des performances d’audience souvent liées à des formats dominants et aseptisés loin des programmes de ces radios.

Ceci dit ne pas développer de stratégie pour essayer de mieux connaître et toucher son public, essayer de le faire croitre, remettre en question régulièrement l’organisation de ses programmes me semble être une lacune. Il est vrai qu'en radio analogique, les outils pour cerner les audiences plus "confidentielles" n'ont jamais été très performants, ce qui arrangeait ou dérangeait les responsables de radios associatives.

 

-Plus généralement la télé n’a pas plus qu’internet, tué la radio.

Le développement des medias de proximité semble aussi lié à des pratiques plus larges que la seule radio.

La présence sur les réseaux sociaux multimédia, sur internet, la polyvalence des compétences dans la pratique des medias, rendue possible par des outils de plus en plus conviviaux et accessibles, tout cela, ancré autour d’une pratique dominante de la radio sur un territoire, est surement le profil de la radio associative de demain.

Une radio locale ne peut faire de l’audience uniquement avec des réseaux sociaux. Elle se doit aussi, comme toujours, d’être là où sont les évènements, là où l’humain s’exprime.

Sans oublier que ces medias ne survivront qu’avec le supplément d’âme nécessaire à ce secteur, la passion de la radio, condition nécessaire mais pas suffisante pour faire vivre et souvent survivre ces expériences.

 

-Beaucoup d’espoirs pour certains résidaient dans le numérique.

Force est de constater qu’il s’agit plus d’un émiettement supplémentaire des publics, des niches dignes de ce que pourraient être des radios-web, souvent sans dynamique locale (ni même auditeurs car très peu de gens ont aujourd’hui la possibilité d’avoir un récepteur radio RNT ) et pour quelques projets intéressants, combien d’autres sans autre légitimité que d’ajouter des fréquences à un programme en confondant souvent juke-box et programme radio.

Quelques soient les retards pris par la diffusion numérique, ça ne change rien à l'affaire.

En effet le problème est que l'offre a largement dépassé la demande.

Comment penser que des auditeurs fidélisés depuis plus de 30 ans au paysage FM ou l'offre est déjà conséquente vont aller chercher une autre radio sur des centaines de fréquences nouvelles accessibles grâce à la diffusion numérique ? On est dans la niche de la niche. Sans compter l'offre du web ou des milliers de chaines sont accessibles.

On est passé du local à l'infini et seule un autre lien (social, culturel, citoyen..) peut justifier et dynamiser une radio locale et je ne vois pas d'autre levier que la proximité même si sur ce territoire on peut aborder des sujets qui relèvent de l'avenir de la planète et pas seulement des préoccupations du coin.

La radio doit être le résonateur d'une dynamique sociale et dans ce sens aujourd'hui il vaut peut être mieux créer de l'évènementiel, un bar ou autre lieu de vie et relayer ce qui se vit par la radio , peu importe qu'elle soit web, RNT ou autre.

De plus en terme de modèle économique, des montages mixtes semblent plus viables à terme. En tout cas la radio ne pourra jamais se résumer à un juke box si elle veut avoir des auditeurs.

 

Tout cela venant s’ajouter aux difficultés de gestion de la fm traditionnelle dont la qualité reste dans l’ensemble moyenne, faute d’exigence et de moyens. Sans parler de la baisse de qualité du son compressé par rapport à la fm analogique, mais pour les jeunes générations, nées au biberon du MP3 et du casque iPhone, ça ne pose pas de problème.

 

Il fut un temps où les mouvements sociaux n'avaient pas de résonateur médiatique propre. La mise en place des radios libres a comblé ce manque et avec le temps les supports de diffusion se sont multipliés à l’envie.

Ce qui semble faire défaut aujourd’hui n’est plus la capacité à trouver des canaux d’expression mais souvent la vigueur d’une réalité sociale à exprimer.De plus quand cette réalité est présente son problème est bien de se démarquer et de se faire entendre dans cet océan de diffuseurs.

Ce sont surement des problèmes de riches comparés aux problématiques de nombreuses sociétés qui aujourd’hui, n’ont toujours pas accès aux moyens d’expression qui fondent l’existence d’une société démocratique.

 

La création des radios libres de proximité fut le résultat d’une lutte et d’une volonté politique. Leur survie ne pourra se faire sans la motivation d’acteurs du secteur, la pertinence des projets radiophoniques, et sans l’adhésion de dizaines de milliers d’auditeurs prêts à affirmer que sans ce type d'expression, il manquerait une couleur importante à l’arc en ciel des medias de notre société.

 

Affaire à suivre….